Vincent Moulia : mutins de 1914-1918

Le dernier poilu français de la guerre 1914-1918 vient de
disparaître. Il avait une saine horreur de la guerre et pendant
longtemps a refusé qu'on lui rende, au moment ultime, l'hommage de
la Nation. Il ne reste donc plus que des écrits, des monuments et
quelques images, pour évoquer cette immense boucherie.
Des millions d'hommes qui ont combattu, certains se sont
révoltés. Parce qu'ils en avaient assez de la boue, du froid, des poux,
de l'éloignement familial, des copains qui tombent. Assez de la guerre
aussi.
En juin 1917, cela fait mille jours de guerre. Les fronts sont
indécis. Le moral est au plus bas. Deux fois blessé, engagé au Chemin
des Dames, Vincent Moulia, petit paysan, mobilisé depuis trois ans
pour défendre une frontière située à mille kilomètres des Landes, son
pays, se retrouve, pour l'exemple, condamné à mort par un Conseil
de guerre pour mutinerie. Grâce à un extraordinaire concours de
circonstances, il parvient à s'évader. S'ensuit alors une longue épopée
à travers la France jusqu'à la forêt landaise où il se cache pendant des
mois avant de s'exiler. Il ne rentrera en France qu'en 1936, après
l'amnistie accordée aux mutins de la Grande guerre.
De tous les militaires condamnés à mort, il est le seul rescapé.
Pierre Durand, historien et journaliste, auteur de nombreux ouvrages
l'a rencontré cinquante ans plus tard, dans son village natal. Il a
patiemment enquêté, dépouillé les archives, écouté les témoins. Il est
allé sur les champs de bataille, a suivi les routes empruntées par «le
hors-la-loi», retrouvé ses cachettes.
Mais surtout, il a acquis la certitude que Moulia avait été désigné
pour être fusillé, au hasard, pour l'exemple.
Un mutin, Moulia ? Non. Un de ces poilus qui faisait son devoir
sans plaisir, comme des milliers d'autres et doutait.