Guillevic : la poésie à la lumière du quotidien

Infatigable parcours de vie en écriture, l'oeuvre guillevicienne
aime, ruse, ose et jubile «peut-être plus dans le quotidien / Que
dans l'exceptionnel». Le poète procède par tâtonnements en
faisant de l'ordinaire des jours et de l'instant précaire non
seulement le terrain privilégié de son questionnement, mais encore,
le tremplin vers l'immense potentialité, l'insistant «peut-être»
peu à peu traduit en gestes vérifiables, de la langue et de
l'être indissolublement liés. Entre les témoignages éclairants de
Lucie Guillevic-Albertini et du poète Seamus Heaney, ce livre,
articulé en quatre volets, poursuit une vive et fructueuse interrogation
de l'assise quotidienne de l'oeuvre et, plus particulièrement,
de cette singulière «épopée» que le poète ne cesse,
au cours d'au moins soixante-quinze années de la «joyeuse difficulté
d'écrire», de creuser et de remodeler sur bien des plans - linguistique,
éthique, hiératique, matériel, temporel, spatial, social.
L'art du quotidien de Guillevic, c'est aussi, pour reprendre le mot
de Michel de Certeau, l'invention du quotidien. C'est cette haute
«poiésis» menée au jour le jour, avec ses exigences, ses tensions,
ses rendez-vous et ses apothéoses, que mettent en lumière le large
éventail d'approches contenues dans le volume, chacune aimautée
à sa façon par «le miracle [...] d'abord simple et quotidien»
que Guillevic saisit et sacralise dans le «condensé inépuisable» du
poème.