Cabeza de Vaca, le conquistador aux pieds nus

Le conquistador sans conquête de Charles Quint
vit sa dernière année dans une modeste demeure
sévillane. Sous couvert de lui faire vérifier des cartes
du Nouveau Monde, une bibliothécaire charmeuse
sollicite le vieillard sentimental, lui offrant du papier
filigrané à ses armes. C'est qu'elle espère le récit
des années escamotées dans ses Naufrages.
Et le chimérique gouverneur du rio de La Plata
de libérer sa mémoire pour des révélations qui bien
souvent mettent à mal l'histoire officielle de la Conquête.
C'est ce manuscrit imaginaire qui nous est
rendu.
L'infatigable voyageur qui a parcouru, pieds nus,
8 000 kilomètres, lutté contre l'inceste et la polygamie,
aboli l'esclavage, avoue l'inavouable osmose
avec la culture indigène. Nature matricielle, magie,
fusion avec le cosmos, plaisir des sens, contre barbarie
espagnole, fièvre de l'or, croix inquisitrice
et épée tolédane. Par amour, il a jeté un pont entre
deux terres aux antipodes l'une de l'autre et qui
ne devaient simplement pas se rencontrer. Son
nom restera dans l'histoire. A-t-il à lui seul, comme
le pensait Henry Miller, racheté tous les crimes des
conquistadors ? Une seule évidence : l'hidalgo andalou,
né riche et heureux, est mort pauvre et seul,
mais probablement amoureux.