La Normandie aux XVIe et XVIIe siècles

Au XVI<sup>e</sup> siècle, la Normandie connaît un rapide développement économique, avant tout celui du grand commerce et de l'artisanat, tandis que l'agriculture, après une vigoureuse reprise intervenant à la suite des cataclysmes des XIV<sup>e</sup> et XV<sup>e</sup> siècles, voit cette croissance s'interrompre du fait des multiples blocages alors insurmontables. Les bénéfices de cet essor sont inégalement partagés entre une mince couche de dominants - grands propriétaires nobles, officiers (catégorie sociale en expansion avec la montée en puissance de l'appareil d'Etat) ou encore négociants pressés d'abandonner les affaires pour des positions sociales plus prestigieuses - et une masse de gens modestes dont la situation ne s'améliore guère lorsqu'elle n'empire pas : c'est le cas au XVII<sup>e</sup> siècle, moment d'atonie économique et d'explosion fiscale.
Car l'époque est aussi celle d'une intégration de la province au royaume. L'Etat royal a le souci de contrôler cette province militairement stratégique et surtout prodigieux gisement fiscal. Cette intégration est facile, au-delà de frictions parfois rudes et malgré ou à cause d'insurrections populaires antifiscales dans la première moitié du XVII<sup>e</sup> siècle, car les élites soutiennent cette évolution. Et l'acceptation de l'Absolutisme n'est pas soumission : l'Etat ne cesse de maintenir et de garantir les privilèges essentiels, assurant la solidité d'un ordre social largement fondé sur les inégalités de naissance.