2001, l'Europe de l'armement en panne ?

Si l'année 2001 a été marquée par les
attentats du 11-Septembre et par les accélérations
d'évolution doctrinale qui s'en sont suivies, elle n'a pas
été une année de bouleversements majeurs dans le
domaine des systèmes de production d'armement.
L'augmentation des dépenses militaires américaines a
poursuivi une tendance qui était observable depuis
1999 et donc nettement antérieure aux attentats. Et si
ceux-ci ont renforcé la propension à l'unilatéralisme de
l'Administration américaine, cette propension était déjà
sensible auparavant.
En Europe, les trois grands groupes issus du
mouvement d'européanisation des années 1999-2000 ont
poursuivi leur évolution : BAe Systems, qui a dénoué
sa coentreprise avec Thales dans les sonars, paraît de
plus en plus tenté par l'horizon américain ; Thales continue
sa stratégie de multidomesticité, avec un retrait progressif
d'Alcatel, et EADS a noué des accords importants avec
la Russie. A ce bilan plutôt satisfaisant on pourrait ajouter
la naissance de MBDA, l'«Airbus des missiles»,
deuxième producteur mondial derrière Raytheon mais
devant Lockheed-Martin.
Pourtant, le sentiment d'ensemble quant à
l'évolution européenne dans l'année 2001 est celui d'une
«étrange langueur» : la naissance de MBDA a demandé
deux ans de tractations. Dans le secteur spatial, Astrium
n'a pas pu trouver un accord avec les Italiens. Les
programmes en coopération européenne aussi
symboliques que l'avion de transport militaire A400M ou
le missile Meteor n'ont pas reçu, cette année 2001, les
commandes définitives qui étaient attendues et les
principaux protagonistes multiplient les montages
ingénieux pour éviter d'annoncer un échec.
Les secteurs d'armement terrestre et naval,
qu'on savait objet des visées américaines dans une
stratégie de contournement à l'oeuvre depuis 1999, ont
subi une pression plus forte en 2001, notamment avec
la conclusion de la prise de contrôle par General
Dynamics du constructeur terrestre espagnol Santa
Barbara. Cette opération s'inscrit dans le cadre d'une
activité plus importante vers l'Europe des firmes
américaines dont la hiérarchie a de nouveau été
bouleversée en 2001 avec la montée en puissance de
Northrop Grumman qui, avec les prises de contrôle de
Litton Industries et de Newport News Shipbuilding, est
devenu le troisième industriel américain du secteur. Dans
cette compétition plus marquée entre les firmes
américaines, les opérations de croissance externes en
Europe deviennent déterminantes. D'autant que les
problèmes de souveraineté qu'impliquent ces opérations
ne préoccupent pas les Etats-Unis qui considèrent avec
hauteur l'Union européenne, sommée, selon les termes
de Richard Perle, de coopérer ou «d'aller au diable».