Enquête sur l'antisémitisme musulman : de ses origines à nos jours

Les mondes musulmans sont aujourd'hui travaillés par un antisémitisme inquiétant.
Loin d'être une simple importation européenne, il plonge ses racines dans
une histoire dont les placards sont pleins de cadavres. Des massacres de juifs à
Médine, au temps du Prophète, racontés par la Tradition, au nettoyage ethnique
de la Palestine lors de la création d'Israël en 1948, la relation judéo-musulmane
est empoisonnée par des crimes d'autant plus obsédants qu'on tente de les nier.
Cette enquête méthodique passe au crible quatorze siècles d'histoire commune aux
juifs et aux musulmans. La concurrence sanglante entre les deux monothéismes ouvre
sur le statut de dhimmi, qui assure aux juifs la protection mais aussi le mépris. Avec
le déclin de l'Empire ottoman et l'influence croissante des Occidentaux s'amorce un
renversement : les dhimmis nouent de nouvelles alliances, qu'on ne leur pardonnera
pas. «Trahison» du contrat passé avec l'islam, comme on le leur reproche, ou tout
simplement élévation rapide de ceux qu'autrefois on subjuguait, quelque chose se
noue, qui va exploser au XX<sup>e</sup> siècle.
Cette haine aveuglante n'est pas un simple ressentiment social, avivé par des
régimes prompts à détourner les frustrations de leur population ou exploiter des
sentiments religieux dévoyés. L'antisémitisme en terres d'islam croît aussi au
rythme de l'histoire folle du XX<sup>e</sup> siècle : le sionisme, les deux guerres mondiales,
le jeu corrosif des puissances anglo-saxonnes aux dirigeants animés par un messianisme
chrétien, l'alliance trouble d'Hitler avec le grand mufti de Jérusalem, la
création d'Israël et les guerres avec les États arabes, l'acquisition de la bombe
nucléaire avec le soutien de la France...
Philippe Simonnot n'épargne personne. Précis, documenté, sans parti-pris, son
livre est de ceux qui aident à voir et à comprendre.