Le loup du marais

Qui penserait s'aventurer dans ce hameau de trois chaumières
enfouies au plus profond d'un val perdu ? Seul
le loup s'y risque, échappé du marais et des brumes de
la tourbière, exténué par son errance sur la lande. Car
la bête est très présente dans ce coin de campagne, on
la piège, on la pourchasse... on en appelle à saint Hervé
pour s'en préserver.
Au rythme des saisons, en ce milieu du XIX<sup>e</sup> siècle,
Jean-Marie et sa maisonnée s'adonnent aux travaux de
la terre lorsque surviennent des faits étranges...
«L'autre jour au pays, j'ai entendu une rumeur.
Le sabotier racontait qu'il en avait aperçu un dans
le bocage. L'hiver ils restent en bande et dès les beaux
jours on sait qu'ils sont en famille, mais il est trop tôt
en saison pour les petits s'ils sont nés. Ça ne peut être
qu'un mâle à la recherche de nourriture.
- C'est là qu'ils sont les plus dangereux», intervint
Yves.
Pendant que les femmes s'activaient à cuire une
bouillie de blé noir et que Rosine disposait les écuelles,
les hommes prirent place autour de la table. C'était à
Jean-Marie à prendre la parole.