Contribution à l'histoire politique française de l'entre-deux-guerres : un député-maire de Troyes, René Plard (1888-1946)

Cet ouvrage est d'abord l'histoire d'un personnage. René Plard, avocat, journaliste,
homme politique, occupe à Troyes et dans l'Aube de 1920 à 1940 tout le devant de la
scène publique. Conseiller municipal en 1919, conseiller général en 1927, il est maire
de Troyes de 1935 à 1940. Elu député en 1932, réélu en 1936, il exerce comme parlementaire
une action non négligeable.
L'itinéraire de René Plard retient également l'attention. Issu d'une famille ouvrière
de Nevers, pur produit des lois scolaires de Jules Ferry, il a eu la possibilité de «s'instruire».
Il a commencé sa carrière dans la banque avant d'entrer aux PTT, mais il a préféré
en définitive préparer en autodidacte son baccalauréat et faire son droit, afin de parvenir
au métier qu'il a choisi, celui de l'avocat... Avocat communiste, il est amené à plaider
après 1920 pour les militants poursuivis ou emprisonnés en France, à la demande de son
parti, et à l'étranger pour le Secours Rouge International.
Son évolution politique a aussi son originalité. Socialiste jauressien pendant sa
jeunesse à Nevers, il est influencé par Jules Guesde à son arrivée à Troyes à la veille de
la guerre de 1914.
Chef de file des communistes jusqu'à la fin des années 20, il comprend assez tôt
la nécessité d'un rapprochement électoral avec les radicaux et les socialistes.
Ayant eu raison avant l'heure, il est exclu du Parti Communiste pour indiscipline
une première fois en 1930 puis en 1932, date où il forme alors son propre groupement.
Il devient proche de Jacques Doriot, mais son souci de l'unité le fera opter finalement
pour l'union des gauches et pour le Front Populaire...
Pacifiste de gauche, il est un «munichois» convaincu. Chassé par les Allemands
de son fauteuil de maire, sa carrière politique s'arrête en 1940... Il garde toutefois son
activité d'avocat et défendra après la Libération d'anciens amis et mêmes d'anciens
ennemis accusés de collaboration.
En écrivant la vie de René Plard, l'auteur a été conduit à traiter de la vie politique,
économique et sociale d'une ville «ouvrière», Troyes et son agglomération, à l'époque
où la bonneterie est la principale activité ; il évoque aussi les luttes sociales et électorales
successives, les manifestations, les grèves, mais aussi les problèmes municipaux et
départementaux (construction de l'hôpital, colonies de vacances, travaux de voirie
et d'assainissement, chômage, difficultés financières, etc).
Cette évocation dépasse le plan local. Ce sont les grands événements de l'entre-deux
guerres qui ont ici leur écho et leurs répercussions : formation du Bloc National, création
et évolution du PCF, Internationale Communiste, occupation de la Ruhr, Cartel des
Gauches, crise économique des années 30, 6 février 1934, Front Populaire, Guerre
d'Espagne, Munich, pacte germano-soviétique, la Débâcle. Il s'agit en fait d'un pan
de notre histoire vue de province, où le problème social et celui de la paix et de la guerre
s'entrelacent dramatiquement sans trouver alors de solution.