Problèmes politiques et sociaux, n° 982. Les enjeux de la consommation engagée

Boycott d'un produit, achat «éthique», adhésion à une
AMAP..., la protestation ou l'engagement des consommateurs,
sans être nouveaux, prennent aujourd'hui d'autres
formes en raison de la mondialisation libérale, des aspirations
nouvelles des citoyens lassés des modes d'action politique
traditionnels, et, enfin, de l'impératif écologique.
Qui sont ces consommateurs engagés et quelles sont leurs
motivations individuelles ? Quelles sont les stratégies des associations,
des industriels et des pouvoirs publics dans ce domaine ?
Entre actions individuelles et actions collectives, la consommation
engagée progresse peu à peu en France et dans les pays
européens.
Mais le potentiel de changement que de telles pratiques portent
en elles est toutefois incertain. Très inégalement réparties dans la
population, ces nouvelles modalités de consommation sont encore
minoritaires et réservées à certaines catégories sociales. De plus,
pour qu'ils puissent être diffusés à grande échelle, les produits
labellisés «éthiques» répondent souvent à des standards qui
peuvent paraître peu exigeants. La grande distribution, la publicité,
symboles de la société de consommation, sont de plus en plus
utilisées, ce qui dépolitise le message et la démarche.
Par ailleurs, le discours public sur la consommation durable
semble favoriser les «petits gestes» qui font reposer sur les
seuls consommateurs la responsabilité des changements, sans
s'attaquer aux causes structurelles de la non-durabilité.
C'est dans ce contexte que les «décroissants» prônent des
stratégies de rupture et revendiquent de profonds changements
dans les modes de vie, qui ont peu de chances de se diffuser dans
la société, dans la mesure où les attitudes de frugalité radicales
rencontrent encore largement incompréhension ou réprobation.