Homme et la société (L'), n° 149. Pour une critique des sciences de la culture

Jouissant d'une position souvent dominante dans le contexte
universitaire américain, très présentes également dans les productions
universitaires européennes, les Cultural Studies sont en
revanche à peu près absentes en France. L'objectif de ce numéro
consiste à s'interroger sur ce décalage ainsi qu'à procéder à un examen
critique de leur place et de leurs stratégies théoriques et pratiques
dans un contexte de profonde mutation tant des sociétés elles-mêmes
que des paradigmes de la philosophie politique et des
sciences sociales.
Les Cultural Studies portent en effet une lourde part de responsabilité
dans ce qu'un de leurs pères fondateurs, Stuart Hall, qualifia
en 1996 de «véritable explosion discursive du concept d'identité».
Chez leurs premiers promoteurs britanniques, elles ont
constitué un enrichissement de l'analyse sociale, à laquelle elles
ajoutaient une dimension d'analyse culturelle notamment attentive à
la culture ordinaire. Mais, à la faveur de la perte de crédit des catégories
d'analyse sociale héritées du marxisme, elles ont, d'une part,
évolué de plus en plus vers un culturalisme qui traite de la culture
indépendamment de, voire contre, la société et, d'autre part, leur
potentiel démocratique critique s'est mis au service de la quête
d'identité de communautés minoritaires. Pour une part, elles se sont
ethnicisées.
L'enquête n'est pas menée à charge. Elle fait une large place aux
réflexions critiques de théoriciens majeurs des Cultural Studies. Elle
vise aussi, au-delà du bilan, à explorer la validité et la fécondité des
Cultural Studies pour la philosophie politique et les sciences
sociales.