Fario, n° 14

[...] À y examiner d'une façon plus générale, c'est
peut-être la variété sensible des choses dont il faudrait
nous débarrasser, nous défaire à la fois insidieusement et
à toutes forces : une diversité du monde que l'on croyait
infinie, ses nuances, ses apparitions, ses totems colorés, ses
idiosyncrasies, ses ciels singuliers et ses formes coutumières,
ses paysages multiples propres à l'étonnement, ruelles avec
des petits jardins brouillons, reliques désuètes, ses impressions
profondes et désordonnées, ruines et terrains vagues
aussi au-dedans de soi, son bric-à-brac manufacturé.
Et encore ses objets pleins d'usure, datés, faisant durer
dans le présent un quelque chose d'autrefois, traces que la
vie efface peu à peu mais qui résistent ; stigmates d'autres
temps incrustés jusqu'ici et avec quoi on pourrait fonder
le sentiment d'une possible continuité (au lieu que tout
nous parvienne désormais étincelant sur l'écran, comme
immuable et neuf, sans aucun signe de ce qui s'est passé).
(Ni qu'il se soit passé quelque chose).
fario 14
hiver deux mille quatorze -
printemps deux mille quinze