La guerre des forêts : luttes sociales dans l'Angleterre du XVIIIe siècle

En 1723, le Parlement anglais adopte une loi
terrible, le Black Act , qui punit de pendaison le
braconnage des cerfs dans les forêts royales et les
parcs seigneuriaux. La peine de mort est bientôt étendue
au simple fait de venir y ramasser du bois ou de la
tourbe. L'atteinte à la propriété est ainsi criminalisée
à l'extrême, et la loi ne sera abrogée qu'un siècle plus
tard, en 1827.
Cet épisode s'inscrit dans la longue histoire de la
résistance paysanne face à la montée d'une conception
de plus en plus exclusive de la propriété, qui grignote
peu à peu les anciens droits d'usage coutumiers, et
réduit les plus faibles à la misère. Il illustre la violence
de la domination sociale dans l'Angleterre du XVIII<sup>e</sup>
siècle, où l'oligarchie règne par la loi du profit et la
corruption.
L'analyse magistrale qu'en donne le grand historien
britannique Edward P. Thompson montre comment
s'impose, dans l'arène juridique, l'individualisme
possessif face aux droits collectifs. Elle fait revivre la
brutalité du pouvoir des notables, et la détermination
des braconniers, perdants magnifiques : la «guerre des
forêts» est aussi une lutte de classes sans merci.