Madame Roland

«Ô Liberté, que de crimes on commet en ton nom !» se serait
exclamée Madame Roland en passant devant la statue de la Liberté
dans la charrette qui la menait à l'échafaud le 8 novembre 1793.
Pourtant, elle accueillit la Révolution avec enthousiasme.
Qui est-elle cette Parisienne, fille d'un graveur de l'île de la Cité,
qu'admirèrent Michelet, Sainte-Beuve, Lamartine, Carlyle, Goethe,
Stendhal. Et que détestèrent Danton, Marat et Proudhon.
Une enfant prodige ? À quatre ans elle sait lire : elle a appris toute
seule. À huit ans, elle s'enthousiasme pour Plutarque. Puis plus tard
pour Rousseau. Elle lit tout ce qu'elle trouve - Fénelon et la Bible,
Appien et le Tasse, Montesquieu et Tacite -, apprend la musique, la
danse, le dessin.
Une femme tombée dans la politique ? Elle épaula son mari dans sa
charge de ministre de l'Intérieur et fit figure d'égérie des Girondins.
Une amoureuse frustrée, courtisée et marié à un «Caton» austère ?
Une femme de ressentiment issue de la moyenne bourgeoisie ? Une
pasionaria de la Révolution ? Une intrigante experte en cajoleries ?
Une fille des Lumières ? Une militante féministe ?
Outre la sympathie qu'elle éprouve pour cette jeune femme, Menie
Grégoire trouve en elle une femme cohérente en avance sur son temps.
Presque une contemporaine, même si sa nouvelle biographe n'oublie
jamais les circonstances historiques d'un destin hors du commun.
À deux siècles de distance, une rencontre surprenante et insolite.