Critique, n° 731. Démocratie ou contre-démocratie ? : deux lectures de Pierre Rosanvallon

Pourquoi les artistes modernes et contemporains ont-ils, aussi obstinément,
exploré et utilisé les ressources de l'empreinte, cette façon en
quelque sorte préhistorique d'engendrer les formes ? - En quoi le jeu,
apparemment si simple, de l'organe (la main...), du geste (enfoncer...)
et de la matière (le plâtre...) accède-t-il à la complexité d'une
technique et d'une pensée de la «procédure» ? - En quoi cette technique,
qui d'abord suppose le contact , transforme-t-elle les conditions
fondamentales de la ressemblance et de la représentation ? - À
quel genre d' érotisme ce travail du contact donne-t-il lieu ? - Quelle
sorte de mémoire et de présent, quelle sorte d' anachronisme l'empreinte
propose-t-elle à l'histoire de l'art aujourd'hui ?
À ces questions le présent essai tente de répondre en retraçant une
histoire synoptique de l'empreinte, mais aussi en modifiant nos
façons habituelles de regarder l'image dans sa singularité : depuis le
modèle optique, voire métaphysique, de l'imitation obtenue vers
celui, tactile et technique, de son travail en acte. Cela pour modifier
nos façons habituelles de comprendre chaque oeuvre d'art - celle de
Marcel Duchamp prise ici comme cas exemplaire - dans son historicité
: depuis le modèle déductif qui peut nous faire imaginer un mouvement
de «progrès» du modernisme au postmodernisme, vers un
modèle plus complexe qui tient compte des intrications de temporalités
hétérogènes dont toute image est faite.