Basse fidélité

Je me souviens que,
lors du concert de Genesis
à l'hippodrome de Vincennes,
mon père se fait traiter de
«papy» par un spectateur
auquel il demande de se
décaler pour qu'il puisse voir.
Il tire la tronche le restant de
la soirée et on rentre avant
la fin. C'est le dernier concert
auquel il m'accompagnera.
Je me souviens de ma
première rencontre avec
Brigitte Fontaine : elle court
habillée en extraterrestre dans
les rayons du Virgin Megastore
en chantant «T'occupe pas,
donne-moi du nougat».
Je me souviens que le soir
du concert de The Cure à
Orange, Robert Smith décide
de se tondre les cheveux,
histoire de défier son armée
de clones. Le mois suivant, les
ventes de laque en bombe
chutent brutalement.
Le premier vinyle acheté, les concerts
marquants, ceux manqués, les bacs
d'occasions, la mort des idoles...
Philippe, insatiable écouteur de disques
et écumeur de concerts, témoigne
au travers de centaines de «Je me
souviens» des changements des habitudes
d'écoute de la musique et de
l'évolution des technologies qui y sont
liées : s'il se souvient parfaitement de sa
première musicassette, ce n'est pas le
cas du dernier titre qu'il a écouté en
streaming.
Avec humour, dérision et émotion, il
démontre que la musique parle à tout
un chacun et rassemble unilatéralement
ceux qu'elle fait vibrer.