Philippe Forest, la littérature à contretemps

Initiée par la perte d'un enfant, l'oeuvre romanesque
de Philippe Forest s'attache à «sauver ce qui peut
l'être du désastre du temps». Ouvrant les yeux sur le
noir, luttant contre l'oubli, elle articule à la fiction du
vivre l'exigence d'une pensée du deuil. Par ses chemins
multipliés de lecture, elle aboutit à une «Histoire
pathétique de la Littérature» telle que la rêvait Roland
Barthes. Liant l'essai au poème et l'amour au deuil,
instituant l'écriture en vie nouvelle , Philippe Forest lie
de façon exemplaire pour le contemporain la nécessité
qui unit le vivre et l'écrire. L'oeuvre romanesque donne
à entendre ce que la littérature fait de ce «désastre
d'exister» qui nous contraint à vivre - à aimer - dans
la conscience de la mort. Elle dévoile sa seule morale
possible et la forme singulière de son temps : qu'au
futur antérieur du roman, l'auteur, sa fille, celles et
ceux qu'il a aimés, auront été.