Tout ce que j'ai perdu m'appartient

C'est à cause du vallon. Quand on s'adosse à la maison, on le voit qui
emplit l'horizon, avec sa crinière de blés. Les nuages s'y accrochent et, en
plissant les yeux, le blanc et l'ocre se fondent. Sur la gauche surgissent des
halliers. En cette saison ils sont d'un vert paille, presque jaune, comme
les choses qui vont finir.
Dans le creux du terrain serpente la rivière. La modestie du flux
inciterait plutôt à parler de ruisseau mais les gens tiennent à leur
statut. D'ailleurs, sur le pont de Montreuil, elle porte un nom : la Belle,
À l'automne, grosse des pluies, elle fait parfois l'importante mais les
troupeaux la franchissent sans effort, sans même allonger le pas.
Extrait de «Tout ce que j'ai perdu m'appartient».
Roger Wallet est resté fidèle aux cieux, un peu gris et pluvieux,
de la Picardie, où il a passé le plus «clair» de sa vie. Il y a mené une
double carrière dans l'enseignement et dans l'action culturelle.
L'écriture romanesque est chez lui une vocation assez tardive, abordée
entre quadra et quinqua. Au début des années quatre-vingt-dix,
il découvre l'écriture, dans le parage amical de Jean-Pierre Cannet
(«Gueules d'orage», «Bris de guerre», «La grande faim dans les
arbres», «Little boy»...). Quelques nouvelles plus tard, il publie
son premier roman, Portraits d'automne (Le Dilettante, 1999 ;
Folio, 2002). Son second texte long ( Ce silence entre nous , Denoël,
2000) confirme son goût des univers quotidiens, des vies simples,
des gens «de peu», de ces existences où «le chagrin trouve à s'employer».
Ce premier roman, Portraits d'automne , paru au Dilettante
en 1999 et aujourd'hui en poche (Folio), lui vaut une critique unanimement
élogieuse et un passage à «Apostrophes», l'émission
mythique de Bernard Pivot.