Les cap-hornières : femmes de capitaines à bord des voiliers long-courriers

Au temps de la marine à voile, un dicton disait : «Longues
oreilles et robe noire, autant que cape et moire, mènent
marin au désespoir» , ce qui signifiait que tout animal à longues
oreilles, femme ou abbé embarqués portaient malheur ! Un autre pourtant le
contredisait : «Croix du Sud, étoile du Nord et femme à bord conduiront navire à bon
port». Faisant fi des croyances et superstitions, des femmes suivaient leurs capitaines
de maris dans leurs navigations au long cours. Au XVIII<sup>e</sup> siècle, cette pratique était
autorisée y compris dans la Royale, notre marine de guerre, où les femmes d'officiers
des frégates et bricks du roi pouvaient suivre leurs époux en campagne.
Mais c'est aux femmes de capitaines de voiliers long-courriers, ceux qui passaient
le cap Horn au tournant du XX<sup>e</sup> siècle, qu'Étienne Bernet s'intéresse ici. Il a identifié
quarante-cinq épouses autorisées à partir à bord des navires de leurs maris, totalisant
plus de quatre-vingts embarquements, entre 1897 et 1921. Le phénomène
est loin d'être marginal et, comme beaucoup de leurs ancêtres, la plupart d'entre
elles embarquent pour un voyage de noces. Les capitaines ne se mariaient qu'après
avoir obtenu leur brevet de capitaine au long cours et s'être vu confier un premier
commandement. «Jeunes capitaines, jeunes mariés» disait un autre dicton.
L'auteur nous offre avec ce livre une étude originale, fortifiée par de nombreux et
passionnants témoignages et illustrée de nombreux et curieux documents.