Elle, moi, une autre : gagner la vie ou La reconquête d'un destin perdu d'avance

Delphine Censier est en fauteuil roulant en raison d'une maladie
dégénérative de naissance qui atteint ses muscles. Toute sa vie, on lui a
répété qu'elle ne pouvait pas aspirer au bonheur, qu'elle n'avait rien à
espérer de l'avenir.
Delphine a refusé avec acharnement le sort qui lui était dicté. À vingt
et un ans, à force de courage et de volonté, elle s'est inventé un autre
destin. Celui d'une femme à part entière, indépendante, libre, heureuse.
Mieux : elle pose pour des photos de «charme» et expose ses portraits.
Pas par provocation, seulement pour imposer une autre image de
la différence. Elle a ressenti le besoin de se voir semblable à ces corps
parfaits qui hantent les spots publicitaires. Pour se sentir femme, tout
simplement.
«Émerveillée et ravie, je découvrais ce que je pouvais faire avec mon
corps et repoussais mes limites... J'ai puisé en moi une capacité physique
que je ne soupçonnais pas. Depuis ma petite enfance on m'avait programmée
pour le renoncement et l'acceptation», écrit Delphine.
Elle parle aussi du système institutionnel, de la politique menée face
aux personnes à mobilité réduite. Elle lance un coup de gueule contre
l'apathie, voire l'indifférence des pouvoirs publics. Elle réclame le droit
de se marier, de travailler, d'avoir des enfants.
Le cheminement d'une jeune femme pleine de vouloir-vivre et
d'attentes que nous partageons tous. Une leçon d'espoir donnée par
un petit bout de femme énergique qui a remporté un combat que certains
estimaient perdu d'avance, le combat de la vie.