Jeanne de l'Estoille. Vol. 1. La rose et le lys

Jeanne Parrish n'aurait jamais dû s'attarder en forêt ce jour de
mai 1450. Le temps de remplir son panier de cèpes, la fortune
l'a quittée. À quelques lieues de là, sa maison a été saccagée.
Ses parents, assassinés. Son petit frère Denis, disparu.
Des brigands ? Plus sûrement des déserteurs anglais, avides de
vengeance et de rapine, écumant la campagne normande
comme loups en maraude. Ils ont pillé l'église, profané le tabernacle,
souillé l'autel.
Est-ce à Paris, repaire de mendiants et de malandrins, avec ses
rues bourbeuses, ses places ornées de pendus, que Jeanne
trouvera la force d'oublier ? Elle n'a que quinze ans et, pour
toute richesse, son baudet, un sac de méteil, du beurre, un
peu de sel. Comment survivre parmi camelots et détrousseurs,
lorsqu'on ne sait faire que des petits pains ?
En pleine guerre de Cent Ans, dans une France décimée par la
peste et livrée aux aventuriers, nul ne donnerait cher de son
étoile. Mais la rose est gracieuse, et le lys magnanime.
Comment un roi, Charles VII, comment un poète, François
Villon, ignoreraient longtemps sa beauté ?