L'aigle et la synagogue : Napoléon, les Juifs et l'Etat

L'aigle et la synagogue : Napoléon, les Juifs et l'Etat

L'aigle et la synagogue : Napoléon, les Juifs et l'Etat
Éditeur: Fayard
2007294 pagesISBN 9782213632117
Format: BrochéLangue : Français

On sait quelle oeuvre pionnière a accomplie la Révolution

française en établissant une stricte égalité juridique entre tous les

hommes, en donnant aux protestants et aux Juifs la totalité de

leurs droits civiques, et le Code civil, promulgué en 1804

par le Premier Consul, passe pour avoir consolidé à jamais ces

principes. En ce qui concerne les Juifs, pourtant, c'était sans

compter sur les préjugés très prononcés de l'Empereur conseillé

par les penseurs catholiques réactionnaires comme Bonald.

Ne se met-il pas en tête, en effet, de convoquer une assemblée

de «notables» à qui il enjoint de former un «Grand Sanhédrin»

qui se réunit il y a deux siècles, en février 1807, et désignera

un Consistoire central, bref des interlocuteurs plus faciles à surveiller

auxquels il entend imposer des mesures discriminatrices

concernant le mariage, la conscription, la liberté d'aller et de

venir ou encore celle de s'établir ? Voilà une entorse de taille aux

principes de 89 : les intéressés, feignant de l'ignorer, s'en tiennent

au Code civil, désireux qu'ils sont de se conformer seulement à la

«loi du pays» qui doit régir de la même manière tous les citoyens.

Ils font même assaut d'éloges et célèbrent sans rire... la Saint-Napoléon

ou chantent, dans d'innombrables poèmes et odes, la gloire

impérissable de l'Aigle dont les ailes sont supposées les protéger.

Mais l'Empereur ne s'arrête pas là. Par une série de décrets pris,

en mars 1808, à l'instigation des franges les plus réactionnaires, il

leur impose des restrictions juridiques allant à l'encontre de la loi

commune, qui dénotent une franche hostilité à l'endroit de ceux qu'il

qualifie de «sauterelles», de «corbeaux» ou de «nouveaux féodaux»

et autres amabilités qui feront, tout au long du XIX<sup>e</sup> siècle et

jusqu'à Vichy, les délices des pamphlétaires antisémites.

Ce qui est surprenant - réconfortant aussi - c'est d'observer

que le haut personnel administratif de l'État (Conseil d'État,

préfets...) traîne les pieds, voire s'oppose franchement, avec un

courage admirable, au «décret infâme» ; c'est probablement même

la seule défaite politique interne que l'Empereur ait dû essuyer.

Professeur émérite de science politique de Paris-I, membre de l'Institut universitaire

de France, professeur invité à Columbia University, Pierre

Birnbaum est l'auteur de nombreux ouvrages relatifs à l'État et aux Juifs en

France depuis deux siècles («La République juive» ; Les Fous de la

République ; Le Moment antisémite).

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