Venise hors champ

À l'angle du Palais des doges, au-dessus du Canonico o Palazzo que
traverse le pont des soupirs, Noé vacille dans les bras serpentins de sa
vigne tandis que sous l'arcade inférieure, apparemment immuable,
enraciné sur le banc de pierre, un vieux clochard vitupère le monde
comme il va. Ce vieillard soliloquant dans l'ombre, sous la voûte
sérénissime, dernier des doges d'une histoire qui se perd dans la
confusion carnavalesque, est à l'instar des instantanés de Didier Devos
un personnage décalé dans la distribution officielle des rôles de la
ville-théâtre, «république sans peuple,» comme la désigne encore
Régis Debray dans son pamphlet d'amour déçu...
Le photographe nous invite à le suivre, sans plan préconçu, sans
catalogue des merveilles inventoriées par les guides touristiques,
offrant subrepticement un reflet distancié de la magie vénitienne à
travers le prisme de sa subjectivité esthétique. Il nous propose
cinquante tableaux muets, cinquante images profanes de la ville-culte...