Paludisme et DDT : chronique d'une tragédie occultée

L'Afrique fait l'objet d'une hécatombe silencieuse et, au même
temps, assourdissante de vies humaines, provoquée par une maladie
qui - bien plus que d'autres - dépend des facteurs environnementaux
et sociaux : le Paludisme.
Selon nombre de scientifiques, le paludisme peut être décrit
comme l'infirmité des pauvres par excellence, car 91 % des morts
provoquées par le plasmodium de la malaria touche l'Afrique subsaharienne
et, en outre, 85 % de ces décès concerne des enfants de
moins de 5 ans et des femmes enceintes. La diffusion du paludisme
coïncide avec les niveaux les plus bas du développement et du
PIB par tête. En principe, des taux de malaria très élevés s'accompagnent
avec une absence de sécurité socio-économique pour les
populations intéressées, ainsi qu'avec des investissements minimes
dans le secteur de la santé publique et une autonomie infime dans
les choix économiques.
Non seulement la malaria est l'infirmité des pauvres, mais c'est
une pathologie qui appauvrit. On calcule qu'on perd chaque année
entre 1 et 1,3 % du PIB africain, pour des frais et une diminution
des profits imputables au paludisme. Il faut ici penser aux vies
humaines, tout comme aux investissements de capitaux locaux ou
étrangers qu'on n'effectue pas dans les aires endémiques de la
malaria, à cause des conditions matérielles et sanitaires adverses.
Notre histoire concerne une bataille - et nous ne disons pas cela en
sens métaphorique, vu le nombre de vies humaines compromises.
Il s'agit du conflit entre le puissant et fameux DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane),
qu'on utilise non seulement pour enrayer
le paludisme, mais aussi pour tuer les insectes nuisibles à l'agriculture,
et un livre, qu'on continue de lire et d'étudier sans un véritable
esprit critique. Au cours des années soixante, cet ouvrage,
Printemps Silencieux de la biologiste marine Rachel Carson, a produit,
stricto sensu, des réactions fondamentalistes.