Amours, danses et chansons : le mélodrame de cabaret au Mexique et à Cuba (années 1940-1950)

Cet ouvrage propose une analyse originale sur les relations cinématographiques
entre Cuba et le Mexique à la période classique, à travers la
construction de l'imaginaire particulier du mélodrame de cabaret, peuplé
de danseuses de rumba au sang chaud et au coeur tendre. Les films dont elles
sont les héroïnes sulfureuses s'enracinent dans les traditions génériques de
l'industrie du cinéma mexicain, retravaillées par l'apport cubain à travers la
musique, la danse, les paysages et les cabarets. Ils façonnent des personnages
féminins originaux, introduisant des représentations inédites de danseuses et
de femmes fatales qui luttent pour leur autonomie, et jouissent d'une grande
liberté dans leur rapport avec leur corps. Cette coopération cinématographique
s'explique par la volonté des producteurs, distributeurs et metteurs en
scène mexicains de s'imposer sur les écrans cubains, tandis que les Cubains
espèrent bénéficier de leur savoir-faire technique et artistique pour jeter les
bases d'un cinéma national encore embryonnaire. Toutefois, l'atmosphère
«tropicale» mise en oeuvre dans les films s'avère un trompe-l'oeil commercial
lié au regard mexicain qui exotise Cuba. Un postulat dénoncé par les
critiques et cinéastes cubains, en particulier au lendemain de la Révolution
qui souhaite rompre radicalement avec ce cinéma commercial. La réception
et l'historiographie de ces films en font ainsi de puissants révélateurs des
imaginaires nationaux qu'ils contribuent à façonner et à véhiculer.