Et pourtant je me suis levée tôt... : une immersion dans le quotidien des travailleurs précaires

Suffit-il vraiment de travailler plus pour gagner plus ? La société
française offre-t-elle réellement aux moins diplômés une
chance de quitter un quotidien de précarité ? Ou bien serait-ce
le «goût du risque» qui fait défaut à ceux qui ne décollent
pas du Smic ?
En janvier 2007, Elsa Fayner part pour Lille en se fixant comme
objectif d'aller chercher des réponses à ces questions. Pour
observer de l'intérieur le monde du travail précaire, la jeune
journaliste se lance dans une recherche d'emploi, munie d'un
CV sans relief. Entre les petites annonces, l'ANPE et les candidatures
spontanées, elle trouve rapidement du travail. Télévendeuse
d'abonnements téléphoniques, serveuse de hot-dogs en
grande surface, femme de ménage dans un hôtel quatre étoiles...
De son immersion, elle tire un récit surprenant, bien souvent
à contre-courant des certitudes qui, à gauche comme à droite,
faussent la réflexion sur les travailleurs précaires.
«Pour un poste de caissière, la moyenne, c'est bac+3 ou 4. Mais nous donnons
une chance à tout le monde. Sachez cependant que nous recevons cent cinquante
CV par jour».
«Je lis aussi sur les lèvres, alors faites attention à ce que vous dites entre vous.»
«Nous n'avons pas le droit de faire travailler quelqu'un sur plus de cinq chantiers.
Et pas plus de 35 heures. Mais nous le faisons quand même, et nous payons en
primes.»
«Vous connaissez l'hôtellerie ? Vous travaillerez les week-ends et les jours fériés.
Rester jusqu'à 22h vous pose problème ? Vous habitez dans Lille même ?»