Le corps de Psyché

Nul ne s'émancipe de vingt-cinq siècles d'une conviction
dualiste qui, depuis Platon, oppose radicalement
l'âme et le corps, et formate à notre insu nos catégories
de langue et de pensée. Tout de l'expérience psychanalytique
pourtant, celle de ce « corps étranger interne»
qu'est l'inconscient, contribue à brouiller des distinctions
trop claires. Il n'est de processus «psychique» qui,
à l'image de l'angoisse ou du plaisir, ne dispose de son
trajet somatique. Mais Psyché ne se contente pas de
passer par le corps, elle en détourne les fonctions, à
l'image de la faim de la boulimique, de la constipation
chronique de l'obsessionnel ou de l'hypertension du
patient «psychosomatique».
La psychanalyse navigue entre deux écueils, celui d'une
différence de nature entre corps et psyché à l'image du
dualisme cartésien, ou inversement, celui d'une identité
à la Groddeck, qui en vient à supprimer l'hétérogénéité
du corps, du soma biologique. Le premier écueil ignore
à quel point Psyché est corporelle, le second réduit toute
pathologie somatique (cancer compris) à un phénomène
psychique. Où s'arrête le corps de Psyché, où
commence le soma du biologiste ?
«Psyché est corporelle, n'en sait rien».