Les grands hommes meurent toujours un lundi

Quelque part en Afrique noire, sous des latitudes très démocratiques,
durant toute une nuit, Nana et Gabriel discutent, assis sur une terrasse
ouverte aux vents porteurs de rumeurs. Ils attendent l'annonce de la mort
du vieux dictateur tel que Bawami, le sorcier des sorciers, l'a prédit du
haut de son un mètre quarante-trois d'immense et infinie sagesse.
Mais, de suspicions en chamailleries, de révélations en coups de
théâtre, alors que l'orage tourne au-dessus de la ville, changeant sans
cesse de direction, la vérité reste insaisissable.
En sortant de son 4x4 climatisé, ses lunettes de soleil s'embuèrent.
«Saloperie de climat !» pensa-t-il. Puis, voyant le chef des mutins
s'avancer vers lui, déguisé en guerrier-sorcier, le Président, qui possédait
un sens de la répartie évident, déclara :
«J'apparais à toi en père, en père de l'armée, en père de la nation,
et tu viens à moi en sauvage... Nous verrons ce que ta magie peut faire
contre un nouveau-né.»
Ce disant, il se déshabilla - soulagé l'air de rien d'ôter tout ce
fatras - et finit en caleçon.
«Tu vois nous sommes nus tous les deux, maintenant. Sans armes.
Enfin... tu as tes diableries et moi la pureté d'un nourrisson.»
Ce qu'il n'avait point dit : que son caleçon tissé de lin sauvage, issu
d'une région hautement mystique du pays, était passé entre les mains de
divers sorciers, les plus grands, les plus doués, et qu'il portait en lui toute
la protection imaginable et inimaginable.