Notre régime ancestral

- Je viens de lire votre livre ; ne serait-il pas trop conservateur ?
- Trop ? Non. Mais à vrai dire, il l'est. N'oublions pas que chaque
diététicien est en quelque sorte le «porte parole» de l'organisme
humain. Puisque l'organisme est conservateur, son «représentant» se
doit de l'être également.
- La plupart des spécialistes dans ce domaine ont des opinions qu'on
pourrait qualifier de conventionnelles.
- Vous savez, être un porte-parole donne la possibilité de la liberté
d'interprétation. Tout dépend du «maître» ; parce que son «maître» -
l'organisme - est vieux, sourd et aveugle, il ne peut pas contrôler si le
«porte parole» s'exprime en accord avec son intérêt. Cela donne au
diététicien une liberté totale : après quelques temps, il ne représente
plus son «maître», mais son propre point de vue résultant de sa propre
conception du monde.
- Pourtant la diététique, qui est une branche de la médecine, étudie les
relations objectives entre l'organisme humain et la nutrition, donc une
analyse trop libre paraît être limitée.
- Erreur ! La diététique ne fait pas partie de la médecine. En un certain sens
elle fonctionne à sa périphérie. D'ailleurs le monde médical l'a toujours
regardée de manière ambiguë.
- Qui doit être alors un diététicien ?
- La diététique est une science à part, liant plusieurs domaines souvent
éloignés les uns des autres : la médecine, la psychologie, la sociologie,
l'anthropologie, l'histoire, l'art culinaire, et même la philosophie. Pour
cette raison un diététicien doit ressembler à l'homme de la
Renaissance.
- Comment voyez-vous l'avenir de cette discipline ?
- La diététique est proche de la philosophie en ce qui concerne sa
méthodologie dont elle a même adopté certains des attributs. Hélas, la
philosophie moderne s'essouffle et ne passionne que peu de gens ; elle
se penche sur des détails, qui - mis à part les philosophes eux mêmes -
ne suscitent pas de grandes émotions. En fuyant «le corps» pour
«l'esprit», elle a coupé une de ses ailes. Ce n'était pas le cas dans la
Grèce antique où elle associait harmonieusement ces deux aspects. La
diététique, comme discipline plus «corporelle», intéresse tout le
monde. Je crois qu'elle va remplir le vide laissé par la philosophie.
- Vous pensez que le XXI<sup>ème</sup> siècle sera un siècle des diététiciens ?
- J'en suis persuadé. Vous imaginez la vie sans eux ?...