Sous la grêle des démentis : récits d'Algérie (1948-1959)

«Il te faut écrire, mon frère : toi, tu as vécu
dans la vallée. Tu sais. Tu as vu la résistance et
notre lutte. Il te faudra écrire tout ça. Écrire que j'étais
là, avec toi. Tu me feras lire notre histoire, Inch
'Allah ! On la lira à Menaâ, au café maure de mon
oncle.» Ce jour-là, "le Cadi", mon frère, a l'accent
de l'urgence. Une attente personnelle, un désir, une
injonction, presque un ordre : Écris ! Écris ! Plus tard, l'interpellation fraternelle
de Pierre Claverie, mon ami, prophète assassiné par les violents. Lui
aussi me presse : «Ta 'guerre d'Algérie', Roby, il te faut la raconter : tu étais
en première ligne. -Ce que tu as vu, ce que tu as entendu...»
Menaâ. Oued Abdi. Algérie. Ces récits relatent "la vie à Menaâ", avant la
guerre d'indépendance algérienne : années de lumière et de louange ; puis,
automne 1954, la guerre, les longues années de nuit et de sang, mais aussi de
foi et d'espoir, dans la crainte de voir se dissoudre l'amitié entre nos deux peuples.
L'instituteur Guy Monnerot assassiné. La violence, de part et d'autre. Les
embuscades, les bombardements, les exécutions. La torture. Les rencontres :
Germaine Tillion, Jacques Soustelle, Vincent Monteil, Pierre Claverie, Tania
Metzel...
Et, sur ces temps de grêle, il y a l'Autre, clément et miséricordieux. La foi
de Jésus : l'homme, toujours, est possible, et demain est un autre don. Une
présence, un appel, un souffle toujours recommencé, une énigme, un humour.
Un regard qui construit chaque jour l'espérance. « Toujours il y eut cette clameur,
toujours il y eut cette splendeur », chante Saint-John Perse. « Ô, j'ai lieu
de louer. »
Automne 2004 : le voyage de Menaâ, parcours de mémoire et d'amitié.
L'espoir d'un peuple libre - amazigh - sous la grêle des démentis.