Inventio analogiae : métaphysique et ontothéologie

Inventio analogiae
Métaphysique et ontothéologie
La doctrine de l'analogie de l'être ( analogia entis ) doit-elle être considérée comme la tentative, la plus fidèle à l'esprit aristotélicien, pour ordonner unitairement la polysémie de l'être et parer au risque de dissémination du « est », dans la diversité rebelle de ses acceptions ? Faut-il, à l'inverse, considérer avec Heidegger que la thèse de l'unité analogique, pour autant qu'elle a directement partie liée avec la structuration onto-théo-logique de la métaphysique, constitue l'impasse la plus dure dans laquelle s'est laissée d'emblée emmurer la philosophie d'instauration platonico-aristotélicienne, et s'engager dans une répétition de la question du sens de « être » qui ne préjugerait pas de son foyer unitaire ?
Plutôt que d'aborder, une nouvelle fois, frontalement ces questions massives, la présente recherche s'attache à restituer, sur la longue durée, et à travers des corpus hétérogènes, l'élaboration complexe (l' inventio ) de l'analogie, pour en proposer comme une archéologie qui conduit aussi à historiciser radicalement la notion même de « constitution ontothéologique ».
Une série de coups de sonde opérés dans la tradition aristotélicienne (Alexandre d'Aphrodise, les commentateurs grecs platoniciens, l' aetas boetiana , la scolastique du XIII<sup>e</sup> siècle, les débats dans l'École thomiste et la postérité de Duns Scot, jusqu'à Cajetan et Suárez) donne la mesure d'une élaboration pluri-séculaire, à travers le pluriel des langues et les effets de traduction, mais aussi à la faveur des ruptures et des déplacements de problématique.
En distinguant ainsi différents « âges » de la métaphysique, et en faisant ressortir les conditions très déterminées de son interprétation (arabo-latine) comme onto-théologie, la présente recherche espère contribuer ainsi à relancer l'écriture de ses histoires dont toute métaphysique future - analytique ou non - ne saurait faire l'économie.