Combler les blancs de la carte : modalités et enjeux de la construction des savoirs géographiques (XVIe-XXe siècle)

Au cours de l'époque moderne, les contours de la terre sont progressivement
fixés. Cependant, l'intérieur des continents, la position et le tracé
de bon nombre d'îles continuent à susciter fantasmes et mystères géographiques.
À partir du XVIII<sup>e</sup> siècle, certains cartographes refusent
pourtant de recourir aux allégories, et préfèrent laisser en blanc les territoires
dont ils ignorent le tracé. Ce mouvement de blanchiment des
cartes suscite l'organisation d'expéditions scientifiques, contribue à
la soif d'aventure et anime le désir de conquête. Toutefois, il faut se
garder de simplifier ce moment du comblement en le regardant
comme le passage du vide au plein, de l'inconnu au connu ; c'est
au contraire un dispositif protéiforme et complexe.
Les douze contributions rassemblées ici questionnent les significations
multiples de ces blancs qui ne disparaissent jamais brutalement
des cartes, et qui sont investis de sens distincts. Elles
abordent cette question selon plusieurs temporalités et selon
plusieurs échelles, du lieu au continent, sans négliger
quelques figures spatiales emblématiques, comme l'île ou le
désert. Elles montrent enfin la complexité des procédures
de légitimation des savoirs géographiques et la diversité
des acteurs - hydrographes, explorateurs, cartographes,
géographes, aventuriers, administrateurs, colonisateurs,
etc. - qui témoignent de ce processus subtil et diffus de
comblement des blancs de la carte.
Ce volume rend compte d'une réflexion menée
au cours de trois journées d'études organisées à
l'Université Marc Bloch de Strasbourg, en 2001
et 2002, par le groupe de recherche qui travaille
sur les pratiques et les représentations
de l'espace.