Orthodoxie et hétérodoxie : libertinage et religion en Europe au temps des Lumières

Dès l'Antiquité, des voix s'élèvent contre le christianisme naissant, l'écrit le plus
connu nous ayant été transmis par la réfutation d'Origène Contre Celse. Celse,
Porphyre et l'Empereur Julien «l'apostat» ont développé une argumentation
antichrétienne qu'on néglige trop souvent lorsqu'on s'intéresse au libertinage de l'âge
classique et des Lumières. Or, ces querelles correspondent a des luttes politiques qui
seront reprises de plus en plus ouvertement au cours des XVII<sup>e</sup>, XVIII<sup>e</sup> et XIX<sup>e</sup> siècles.
Au XVII<sup>e</sup> siècle, c'est en Angleterre et aux Pays-Bas que les thèses hétérodoxes
s'expriment le plus tôt ; sans doute le contexte historique et politique très particulier de
la Glorieuse Révolution a-t-il été propice à la propagation de luttes idéologiques qui, très
vite, franchissent les frontières et contaminent les pays avoisinants, l'Allemagne en
particulier mais aussi l'Espagne. Au centre de toutes les interrogations, un nom
s'impose : celui de Pierre Bayle dont le Dictionnaire historique et critique deviendra au
cours des siècles une arme contre toutes les orthodoxies en Europe.
Car c'est chez Bayle et chez les philosophes de l'Antiquité tardive que les libertins
trouvent leurs principaux arguments, souvent d'ailleurs grâce aux manuscrits
clandestins. Et ce sont ces liens complexes à travers le temps et l'espace que s'attachent
à analyser Monique Castillo, Sébastien Charles, Michael Hofmann, Jeffrey Hopes,
Jonathan Israel, Roland Krebs, Antony McKenna, Annemarie Nooijen, Marie-Hélène
Quéval, Jean-Marc Rohrbasser, Francisco Sánchez-Blanco, Winfried Schroeder, Maria
Susana Seguin et Gerhardt Stenger.
Après avoir établi le contexte politique et idéologique et une fois posées les prémisses
anglaises, hollandaises et françaises, l'ouvrage se concentre sur l'hétérodoxie d'une
Allemagne libertine encore mal connue, sans négliger l'originalité de la voie espagnole.
Les auteurs retracent donc les cheminements d'une philosophie en rupture avec les
habitudes de pensée que ce soit par l'intermédiaire de manuscrits ou d'oeuvres publiées
anonymement jusqu'à ce que des temps plus éclairés permettent aux auteurs d'afficher
ouvertement leur dissidence.