Les petits agendas rouges

J'ai enfoui comme je le fais toujours ma tête au creux de
son épaule, je l'ai embrassé dans le cou. Je restais comme ça,
sans bouger. Il me serrait contre lui, et cela durait, durait.
Soudain il a murmuré :
«Je suis content, Emma.»
Je me suis mise à pleurer, il m'a tendu son mouchoir.
«J'étais sûre que je ne te reverrais plus jamais.
- Eh bien, tu vois, je suis là.»
Parce qu'elle ne peut vivre sans l'homme qu'elle aime,
Emma passe des nuits entières sur les banquettes en bois
de trains bondés, traverse la ligne de démarcation en
fraude, sillonne la France entière pour aller le retrouver.
C'est la guerre. Pierre est marié. Et elle est «une jeune
fille de bonne famille», comme on disait alors.
Catholique pratiquante, elle vit la clandestinité à sa
manière et ne peut confier son secret à personne. Alors
elle note, jour après jour, dans des petits agendas rouges,
ses voyages, ses rencontres, ses espoirs, ses désirs.
C'est ce «journal de guerre», les pensées intimes
d'une jeune femme moderne et amoureuse, prise dans la
tourmente de la guerre 39-45, que Laurence de
Cambronne, rédactrice en chef
adjointe au magazine Elle , a
reconstitué à partir des carnets
de sa mère. Un roman qu'on ne
peut pas lâcher.