Ecrits essentiels. Le pigeon égyptien

Ecrits essentiels. Le pigeon égyptien

Ecrits essentiels. Le pigeon égyptien
Éditeur: Age d'homme
2003348 pagesISBN 9782825117262
Format: BrochéLangue : Français

Parmi l'extraordinaire pléiade de penseurs que présentait la Russie à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle, Konstantin

Léontiev (1831-1891) fut sans doute le plus singulier et le plus incompris. Encore aujourd'hui, il

demeure largement ignoré malgré l'importance reconnue de son oeuvre. Traditionaliste, il fut

honni des slavophiles par sa tournure d'esprit non-russe : clarté latine de la pensée, romantisme

occidental, aristocratisme. Admirateur des civilisations immuables de type oriental, il défendit

l'Empire ottoman contre le panslavisme. Prophétiquement inspiré contre le rationalisme niveleur,

il rangeait le libéralisme occidental, aux côtés du socialisme et du communisme, parmi les poisons

qui menacent l'humanité.

Reparu au premier plan en Russie à la faveur des récents bouleversements politiques et spirituels,

Léontiev mérite d'être redécouvert par les lecteurs du monde entier. Sa vaste culture française,

allant de Rabelais à Joseph de Maistre, Georges Sand, Gobineau, sa pensée alerte et inattendue en

font un auteur intemporel, captivant... et pour ainsi dire familier.

Intervenant dans le grand débat sur l'identité russe, Léontiev fut le pivot du débat d'idées de son

temps. Correspondant des grands écrivains, il fut admiré de Berdiaev - qui lui consacra une monographie

-, de Florensky, de Rozanov, de Serge Boulgakov, de Mérejkovsky, de Tikhomirov. Ses polémiques

avec Vladimir Soloviev sont un jalon essentiel de l'histoire des idées en Russie. Empreint

d'une vision esthétique du monde, Léontiev passe toutes les catégories philosophiques et politiques

au crible de son exigence paradoxale et prémonitoire. Influençant de la sorte aussi bien les conservateurs

que les révolutionnaires, la philosophie de l'histoire de Léontiev apparaît comme un chaînon

indispensable entre les thèses de Danilevski sur «La Russie et l'Europe» et celles de Spengler sur

«Le Déclin de l'Occident». On a souvent appelé Léontiev «le Nietzsche russe», mais s'il partage

avec Nietzsche la lucidité prophétique et la projection de l'art sur la vie, il s'en sépare par sa foi chrétienne

dont l'intransigeance sera toute sa vie en conflit avec un égotisme voluptueux qui le pousse à la

«chasse au bonheur». Il ne résoudra ce combat intérieur que vers la fin de sa vie, lorsqu'il entrera au

monastère d'Optina Poustyne. L'intensité avec laquelle il a vécu ce déchirement qui incarne, au-delà

de son destin individuel, l'une des contradictions fondamentales de «l'Idée russe». S. I. Witkiewicz

lui empruntera la conception de l'État comme «forme pure». Enfin et surtout, il n'est pas une ligne

de ses écrits qui n'annonce avec une prescience brûlante les convulsions de notre monde en proie à

ce «nivelage» et à ce «retour à la bestialité» dont il voyait les germes dans le «libéralisme» de son

temps. Vision qu'il condensera dans son essai L'Européen moyen, idéal et outil de la destruction universelle

(publié à L'Age d'Homme en 1999).

Ainsi que le notait son biographe, «le meilleur Léontiev, c'est le Léontiev fragmentaire composé

de lettres, d'extraits, de notes que l'on a envie de découper dans ses romans et ses articles». C'est

le voeu qu'a exaucé Danièle Beaune-Gray en proposant, dans ce volume, le «meilleur» et le plus

représentatif de l'oeuvre touffue du grand pamphlétaire et prosateur russe. Nous offrant ainsi la

meilleure introduction à cet univers flamboyant et apocalyptique.

Ce choix de textes élaboré et présenté par Danièle Beaune-Gray est suivi du Pigeon égyptien , son

unique roman.

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