Etudes, n° 404-1

Se sentir exister, se savoir reconnu, persister dans
une identité stable, pouvoir énoncer un
état de vie, un lieu de référence, une
appartenance qui ne soit pas occasionnelle,
se tenir dans l'existence devant
d'autres existants : voilà qui est devenu
soit très difficile, soit sujet à caution. La
solidité qui se dérobe dans les sociétés
de la mondialisation fait aussi défaut
aux individus. Comme le dit si bien
Zygmunt Bauman, le temps de la société
«solide» est passé, nous voici désormais
dans celui de la modernité «liquide» :
nouveaux rapports au temps et à l'espace,
à la territorialité, bouleversement
des relations entre les personnes, entre
l'Etat et ses représentants, entre nations
et ensembles régionaux, nouveaux rapports
à l'international : la fluidité générale
fait des existences autant de
trajectoires aléatoires. [...]
L'ensemble des divers articles qui constituent ce
numéro n'est pas seulement une somme
de constats, il exprime une urgence, il
est un appel. Et peut-être un des appels
des temps présents est-il une invitation
à la conversion des imaginaires, afin de
voir ce monde tel qu'il est et de tenter de
l'habiter vraiment.