Des réformes augustéennes

Vous avez dit «réformes» ? En ce commencement du vingt-et-unième siècle, voici un
mot qu'aucun lecteur ne saurait entendre sans songer immédiatement aux programmes
politiques, aux prévisions économiques, ou aux annonces médiatiques de son époque.
Ouvrez donc vos journaux : recommandations internationales, proclamations gouvernementales,
exigences entrepreneuriales ! Toutes obéissent au même slogan.
L'historien, mettant à l'écart cette impérieuse actualité, reconnaîtra aisément que le mot
«réformes» est depuis longtemps d'un emploi commun, voire convenu, dans le métier.
Lequel de nos arrangeurs du passé, sans plus y songer, n'y a-t-il jamais recouru ? Or,
cet automatisme, si commode pour sérier des faits, regrouper ses sources, intituler un
chapitre, ne serait-il pas porteur de méprise, de déformation, bref de «rationalisation»
moderne ? Quant à la projection dans l'avenir que connote aujourd'hui ce mot, ne fausse-t-elle
pas la perspective, lorsqu'on l'applique à la pensée des Anciens ? Que l'on songe
simplement à l'étymologie latine du verbe, au sens précisément que lui donnaient les
Romains : reformare ou le retour à une configuration initiale.
D'un côté le créateur du Principat, le premier empereur, Octavien-Auguste est généralement
désigné comme un grand «réformateur» ? De l'autre, les Modernes soulignent
également l'idéal de restauration ( restitutio ) qui fut sa bannière. C'est par ce règne, immanquablement,
que pouvait s'ouvrir une série de travaux intitulés «réformer la cité et
l'Empire». Des réformes augustéennes ? Entendons qu'il sera ici question, à titre expérimental
et sans visée exhaustive naturellement, de plusieurs domaines ayant fait l'objet de
transformations (définition du pouvoir, institutions, administration, armée, urbanisme,
expression littéraire), afin d'apprécier la part programmatique ou l'inspiration empirique
du processus qui a présidé à ces changements du monde romain, au cours de ce long
demi-siècle au tournant de notre ère.