Le poème de la mort

Le poème de la mort

Le poème de la mort
Éditeur: Age d'homme
2003203 pagesISBN 9782825118016
Format: BrochéLangue : Français

Lev Karsavine (1892-1952) est l'une des figures les plus originales et

les moins connues de la pensée russe. Issu du monde artistique pétersbourgeois

(il était le frère de la ballerine Tamara Karsavina), il est très tôt devenu

l'un des plus brillants historiens de l'Université de Saint-Pétersbourg,

se consacrant à l'histoire des phénomènes religieux dans l'Italie des XII<sup>e</sup>-XIII<sup>e</sup>

siècles - une histoire novatrice qui annonce sur de nombreux points

l'École des Annales. La révolution de 1917 infléchit sa réflexion vers les

destinées spirituelles de la Russie et la philosophie de l'histoire. Expulsé

d'URSS en 1922 avec un grand nombre d'intellectuels, il participe, à

Berlin, puis à Paris, au mouvement d'idées le plus célèbre de l'émigration,

le mouvement «eurasien», qui se propose de réorienter la culture russe

vers l'Asie et d'élaborer une nouvelle idéologie nationale pour la Russie

future, post-communiste. En 1928, Karsavine s'installe à Kaunas, capitale

de la Lituanie indépendante depuis 1918, pour enseigner l'histoire à l'Université

Vytautas le Grand. C'est en lituanien qu'il enseignera désormais et

qu'il publiera une Histoire de la culture européenne , composée sur la base

de ses cours. Cette installation en Lituanie, en marge du monde européen,

explique la relative confidentialité de son oeuvre. En 1945 il refuse de quitter

ce pays, dans l'espoir d'être enfin «réuni» à la Russie. Mais son espoir

de trouver un terrain d'entente avec les autorités soviétiques est vain : en

1949, il est arrêté, puis envoyé en camp de travail dans le Nord sibérien,

où il meurt en 1952.

Les écrits philosophiques de Karsavine ont surtout contribué à mettre

en lumière l'essentiel du patrimoine spirituel russe, mais à partir d'une

connaissance intime de la mystique occidentale, de la scolastique, et de

deux pensées qui l'ont particulièrement influencé : celles de Giordano

Bruno et Nicolas de Cues. Les divergences et la complémentarité des

chrétientés d'Orient et d'Occident, auxquelles il était également sensible,

lui ont inspiré une série d'oeuvres portant sur les fondements de la métaphysique

chrétienne, en particulier ce Poème de la mort , méditation sur le

temps et sur la mort dont l'âpreté rappelle les écrits des existentialistes.

Le propos central en est une invitation à «vouloir mourir». Ce plaidoyer

passionné pour l'adhésion terrifiante à son propre anéantissement prend sa

source dans une expérience mystique de renoncement total à soi-même,

mais rappelle aussi le caractère essentiellement christocentrique de la pensée

russe, et les notions d'incarnation et de sacrifice vers lesquelles elle ne

cesse de revenir. Cette oeuvre comporte aussi une forte motivation biographique

: elle se propose de reconquérir paradoxalement la femme aimée,

dont l'auteur s'était volontairement séparé, en la convertissant à l'idée de

sacrifice. C'est ce qui explique la dimension séductrice de cette apologie

de la dépossession, et sa grande variété de tons, allant du pathétique à l'humour

et même au burlesque.

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