Les écrans de la guerre : le cinéma français de 1940 à 1944

Pendant la guerre et l'occupation, les Français avaient
faim, avaient froid, avaient peur. Il n'y avait plus de plages
(zone interdite), et les dancings étaient verboten. Pour vivre
un présent difficile, aux limites de l'insupportable, que
restait-il pour se consoler ? Une seule issue : le cinéma. Les
Français s'y ruèrent, comme jamais dans leur histoire, et leur
enthousiasme stimula les cinéastes.
Carné, Clouzot, Cocteau, Guitry, etc. se remirent au travail
et c'est ainsi qu'ils donnèrent leurs meilleurs films : Les
Visiteurs du soir, L'Assassin habite au 21, Douce, Goupi
Mains-Rouges, L'Éternel retour , et quarante autres d'égale
valeur, sur un total de 222 titres en trois ans (1941-1944).
Arletty, Raimu et Fernandel étaient toujours là, et pour
remplacer les absents, on inventa de nouveaux visages, Jean
Marais et Odette Joyeux, Louis Jourdan et Micheline Presle et
combien d'autres. Le cinéma vécut alors une véritable renaissance,
favorisée par l'absence de concurrence étrangère.
Une telle réussite aussi exceptionnelle qu'insolite n'a pas
fini d'intriguer et de fasciner les esprits. Elle offre un miroir
particulièrement révélateur de l'état d'esprit des spectateurs
et de l'opinion publique française au cours de ces années
cruciales : 1940-1945. Son étude réserve des surprises et des
découvertes importantes pour l'histoire contemporaine, et
pas seulement cinématographique.