Annales d'Aigues-Mortes

C'est à nos contemporains qu'on doit la découverte d'Aigues-Mortes,
cité perdue au milieu des extrêmes lagunes du Rhône, où elle vivait
ignorée, inconnue, oubliée depuis quatre siècles <sup>1</sup>. Sans s'exagérer l'importance
de cette résurrection, on doit reconnaître qu'elle offre un certain intérêt par
suite de l'inattention des historiens et des géographes à prétendre avec une si
vive insistance qu'Aignes-Mortes était, du temps de saint Louis, un port de mer,
et que depuis cette époque la Méditerranée, fuyant les murs de la célèbre forteresse,
s'était retirée d'une grande lieue. Il suffisait d'ouvrir le chartrier d'Aigues-Mortes,
de parcourir pendant quelques heures les bords de ses étangs, pour se
convaincre de l'antiquité de ses plages, dont plusieurs milliers d'années n'ont
pas changé la physionomie. Le nom seul d'Aigues-Mortes aurait dû servir de sauvegarde
contre l'erreur.
Lorsque ses habitants réclamaient, dès le XIII<sup>e</sup> siècle, contre cette dénomination
<sup>2</sup>, c'est que, déjà depuis longtemps, elle éloignait de leurs rivages les colons
en quête d'un asile salubre. Qui dit Aigues-Mortes dit l'immobilité absolue. Si,
depuis le XIII<sup>e</sup> siècle, les eaux de la mer avaient fait le plus petit mouvement, nul
doute que les bourgeois, qui portaient avec tant d'impatience, dès avant saint
Louis, le jong d'une dénomination détestée, ne se fussent empressés d'écrire à la
cour et de réclamer dans un nouveau cahier de plaintes, eux qui n'étaient pas
avares de ces sortes de documents, une appellation plus conforme à la révolution
opérée autour d'eux par la nature. Ils eussent tout au moins demandé le nom
d'Aigues-Vives, qui eût été à tous les titres justifié.
Aigues-Mortes doit sa renaissance au mouvement littéraire du premier quart
de ce siècle et à la vaste enquête archéologique venue ensuite. C'est à cette
date que commencent les études critiques sur le passé d'Aigues-Mortes. On s'attacha
dès lors à verser la lumière sur tant de glorieux parchemins qui parlent au
coeur de tous. Les catholiques y voient revivre un saint monarque dont ils peuvent
suivre la trace sur un sol qu'il semble avoir foulé hier.