Les justices royales secondaires en Languedoc et en Roussillon, XVIIe-XVIIIe siècle

L'histoire de la justice et des justiciables s'est longtemps bornée
aux grandes institutions : le Parlement en Languedoc, le Conseil
souverain dans la province du Roussillon. Les justices inférieures (on dit
secondaires et subalternes) restaient dans l'ombre, desservies par leur médiocre
réputation et la conservation très inégale de leurs archives.
On sait maintenant les limites de cette approche : les cours souveraines
jugeaient principalement en appel, la majorité des affaires était traitée par
les justices de première instance. Or, contrairement au discrédit supposé
dans lesquelles elles seraient tombées, elles restaient vivantes le plus souvent,
fonctionnaient mieux qu'on l'a dit. Les justiciables appréciaient ces
justices de proximité, relativement rapides, peu onéreuses, où la porte restait
ouverte aux accommodements entre parties adverses.
Les tribunaux des vigueries de la province du Roussillon, étudiés pour
la première fois grâce au classement récent de leurs archives, illustrent ce
constat. Ils ne perdent rien de leur vigueur après le Traité des Pyrénées,
servis par des juges du cru formés à l'université de Perpignan. Là étaient
portés les conflits du quotidien, depuis les altercations de voisinage jusqu'aux
vols de bestiaux, aux viols, aux meurtres. Les caractères et le fonctionnement
profond de la société se dévoilent à travers eux.