La géographie du pouvoir dans l'Espagne visigothique

LA GÉOGRAPHIE DU POUVOIR DANS
L'ESPAGNE VISIGOTHIQUE
Céline MARTIN
Le royaume de Tolède, l'un des grands royaumes chrétiens formés
après la fin de l'Empire romain d'Occident, naît dans un cadre
profondément romanisé, la Péninsule ibérique et la Narbonnaise.
En s'implantant en Hispanie à la chute du royaume de Toulouse,
l'élite visigothique devait affirmer sa domination politique sur
un territoire nouveau. Sa maîtrise de l'espace s'appuya largement
sur les structures préexistantes, qu'elle revitalisa, sur la création
d'agents territoriaux spécifiques et sur le recours à la collaboration
des puissants laïcs et des évêques. La désagrégation politique souvent
décrite pour cette période paraît largement infondée, à l'exception du
nord-est du royaume, plusieurs fois soulevé par des troubles séparatistes.
De fait, les séditions provenaient le plus souvent du centre lui-même, de
l'entourage royal. C'est aussi autour du centre que toute la construction
politique visigothique était organisée, à la fois matériellement (on observe un
important mouvement de centralisation au milieu du VII<sup>e</sup> siècle) et
symboliquement, avec la montée progressive de Tolède, véritable « petite Rome ».
À l'abri de frontières conçues comme hermétiques, le royaume s'identifiait à un
sanctuaire, seul lieu où, sous la responsabilité de leur roi, tous les sujets
hispanogothiques pouvaient parvenir au salut dans ce monde et dans l'autre. Ainsi,
sans sacrifier son efficacité au niveau administratif, la construction politique
visigothique s'est aussi présentée comme un instrument de rédemption ici-bas, plusieurs
décennies avant l'Empire carolingien.
Céline Martin, ancienne élève de l'École Normale Supérieure (Fontenay Saint-Cloud),
agrégée, maître de conférences en Histoire médiévale à l'Université Lille 3. Ses publications
portent sur l'histoire des représentations et des institutions politiques du royaume visigothique
hispanique.