Récits des Antilles : le bois de la Soufrière

Poète, dramaturge, critique littéraire et romancière jouissant
d'une place honorable dans la littérature du dix-neuvième siècle,
Madame Anaïs Ségalas (1814-1893) s'est laissé porter sur les ailes
de l'imagination au nouveau monde. Son roman de 1885, Récits des
Antilles : Le Bois de la Soufrière , se déroule à la Guadeloupe et à la
Martinique ; c'est une étude de moeurs qui prétend mesurer l'effet de
l'abolition de l'esclavage. Fille d'une Créole de Saint-Domingue,
mais femme bourgeoise très parisienne d'esprit qui assumerait mal
ses origines créoles, Anaïs Ségalas nous offre un témoignage particulier
du monde colonial faisant preuve d'une ambivalence poétique
de la belle Créole à la fois à l'écoute et à l'encontre de l'Autre.
«[L]es moeurs, créations laborieuses du temps, ne peuvent s'effacer
que sous sa main. Elles résistent encore dans les usages et dans les
rapports sociaux, quand les principes politiques qui doivent les transformer
règnent ainsi dans les esprits. Aussi, les moeurs coloniales, avec
leurs préjugés exclusifs, leurs antipathies de races et toutes leurs tragiques
passions, vivent-elles toujours palpitantes d'énergie.»
Jules Levilloux