Mouvement social (Le), n° 252. Race et citoyenneté : une perspective américaine (fin XVIIIe-XIXe siècles)

Ce numéro spécial propose une réflexion originale
sur les relations entre «race» et «citoyenneté» aux
Amériques. Comment l'espace sociopolitique
américain s'organise-t-il ? Construit, du Sud au
Nord, sur la base de principes constitutionnels libéraux ou républicains d'un
ordre social où les hiérarchies de race et de couleur perdurent, il est aussi
ébranlé par l'action des groupes de couleur en faveur de l'égalité. Comment
la question de la citoyenneté et de l'égalité civile se pose-t-elle à partir de la
«race», c'est-à-dire en relation avec le principe de transmission généalogique
de la dignité et de l'indignité à travers les corps ?
L'espace considéré englobe aussi bien les États-Unis et les Antilles françaises
que l'Amérique hispanique et le Brésil, au cours d'une période qui couvre
le moment révolutionnaire et les décennies post-révolutionnaires. Ce choix
permet d'envisager la mise en application, ou non, des changements constitutionnels.
Le moment post-révolutionnaire s'offre comme un laboratoire
où s'élabore l'identité des nouveaux citoyens, émancipés par la Révolution :
esclaves libérés par le service des armes ou les abolitions, immédiates ou
graduelles ; libres de couleur devenus citoyens ; Indiens d'Amérique latine
obtenant, dans l'ordre constitutionnel, l'égalité civile et politique.
La question de la race et de la couleur est posée dans l'horizon d'une égalité
en construction sur le plan juridique et politique, et non en rapport avec la
condition servile ou les hiérarchies qu'elle porte. Il s'agit d'éprouver l'hypothèse
que la race et la couleur ont été des tests fondamentaux des révolutions
républicaines et libérales. Il s'agit aussi de voir comment les minorités ont
utilisé la constitution et la loi nouvelle comme autant de ressources pour
revendiquer leur intégration politique et sociale.
L'ambition du dossier consiste à rapprocher les expériences historiques des
différentes «aires culturelles», à pluraliser la notion de révolution et à réintégrer
certains espaces, acteurs et expériences oubliés au coeur de l'histoire de la
construction des systèmes démocratiques modernes.