Migrations et mise en valeur de la basse Côte d'Ivoire (1920-1960) : les forçats ouest-africains dans les bagnes éburnéens

«(...) Cissé Chikouna a écrit sa thèse qui fait aujourd'hui l'objet de la
publication de ce livre pendant la crise ivoirienne. Cette crise qui a secoué
ce pays phare pour l'économie ouest-africaine a failli basculer toute la
sous-région dans une série de conflits susceptibles de compromettre
durablement l'avenir de l'UEMOA et de la CEDEAO. En raison de l'étroite
relation entre cette crise et la présence massive «d'étrangers», qui est
le résultat de vagues successives de migrations Ouest-africaines en
Côte d'Ivoire, il était difficile d'éviter le piège de réduire la crise ivoirienne
à ce seul facteur. Le mérite de l'ouvrage de Cissé Migrations et mise
en valeur de la Basse Côte d'Ivoire (1920-1960) est d'avoir su éviter ce
piège. En revanche, il nous a produit une histoire vivante et complexe
de ce phénomène migratoire qui a été organisé par le pouvoir colonial
en réponse aux besoins de la mise en valeur de la Basse Côte d'Ivoire.
Il nous permet ainsi par la pertinence de ses arguments sur la base des
archives et de la tradition orale, de mieux comprendre les enjeux de cette
histoire régionale qui a marqué une grande partie de l'Afrique de l'Ouest
et qui constitue, aujourd'hui, un défi majeur à la construction de l'État-nation.
En effet, cet ouvrage vise en premier lieu à accéder à l'intelligence
de la politique de mobilisation de la force de travail «indigène» entrepris
par l'État colonial dans le cadre de l'exploitation économique de la
Côte d'Ivoire dans sa partie méridionale. Cette opération d'exploitation
est pudiquement appelée «Mise en valeur», selon l'esprit et la lettre
du pacte colonial. La mobilisation sous l'empire de la contrainte de la
main-d'oeuvre «indigène», singulièrement celle en provenance de
l'arrière-pays soudanais (Soudan français, Haute - Volta, nord de la Côte
d'Ivoire) a durablement marqué l'histoire démographique de l'Afrique de
l'Ouest, de la Côte d'Ivoire en particulier qui fut la plaque tournante des
migrations de travail en AOF du début des années 1920 à la fin de l'ère
coloniale (...)».
Pr Boubacar Barry