Tibet : une autre modernité

Et s'il existait une autre modernité que la nôtre, vouée,
elle, au progrès de l'esprit ?
Suite aux invasions turco-musulmanes du IX<sup>e</sup> siècle
en Asie centrale, la culture bouddhique dédiée à l'Éveil
se réfugie au Tibet. Là, sous la conduite d'une singulière
lignée de dirigeants - les dalaï-lamas -, va s'élaborer,
dans le fracas d'une histoire mouvementée, une véritable
science de l'esprit. Comme l'Europe passant de la
machine à vapeur à l'énergie nucléaire, cette modernité
invente le yoga du rêve, identifie le corps subtil, teste
des techniques de méditation, de visualisation, jusqu'à
concevoir ce prodigieux Mandala de Kalachakra , «bombe
A, doublée d'une bombe H», selon les mots de l'actuel
dalaï-lama.
De cette histoire, les auteurs ne cachent rien, ni les
assassinats de dalaï-lamas, ni les guerres civiles entre
abbés et laïcs, ni l'expédition scientifique nazie de 1939
qui va buter contre la valeur cardinale de la culture tibétaine
: la compassion - cette «empathie» aujourd'hui
étudiée par les neurobiologistes.