La mutuelle de Seine-et-Marne contre l'incendie de 1819 à 1969 : mutualité, assurance et cycles de l'incendie

Au cours de son histoire, tantôt encouragée tantôt entravée par de multiples
facteurs économiques, sociaux, politiques et mentaux, l'assurance a rencontré
la mutualité comme principe de philosophie économique et sociale, forme
d'organisation, mode de fonctionnement et espace d'intervention. Parce que la
mutualité, appliquée à l'assurance de choses, en l'occurrence à l'incendie, est
loin d'avoir été aussi bien explorée que son homologue couvrant les risques
de la personne humaine, une immersion dans la vie concrète et intérieure des
mutuelles reste indispensable ; ceci non pour en tirer des récits hagiographiques
ou de simples enchaînements factuels, mais pour saisir les formes successives
ou parallèles et les ressorts sous lesquels a joué, au fil du temps, la dialectique
de l'assurance et de la mutualité. Des ajustements évolutifs, autres que
l'affrontement entre deux camps, ont prévalu.
En effet, les mutations, parfois déchirantes, traversant le destin des petites et
moyennes entreprises (voire des grandes entreprises) se révèlent dans la mise
en résonance d'un riche corpus d'archives d'entreprise et d'une multitude de
documents externes, puisés dans la législation, les actes des préfectures et des
collectivités locales, la presse, et les brochures pratiques ou théoriques.
Cent cinquante ans d'histoire d'une mutuelle contre l'incendie, l'une des plus
anciennes de France, réconcilient, dans un microcosme qui, n'étant pas fermé
sur lui-même doit composer avec les cycles économiques généraux, micro et
macro histoires, histoire nationale et histoire locale, histoire d'entreprise et histoire
générale. Cette mutuelle tend un miroir dans lequel se reflètent les drames
du passage du secours mutuel à l'assurance mutuelle, et des choix à opérer
lorsque la fidélité à un principe se heurte aux coups de boutoir du consumérisme
et de l'État-providence.