Plates bandes à part : esthétique de la bande dessinée

Plates bandes à part
Au début des années 1960, un universitaire
américain dénonçait la piètre estime dont jouissaient les enseignements
artistiques à l'Université. «L'art en soi apparaît comme une matière dénuée
d'utilité et n'est trop souvent considéré que comme une fioriture du programme,
une futilité tout juste bonne pour les étudiants inaptes aux études techniques, un
dépotoir pour athlètes, un training thérapeutique pour paraplégiques.» À cette
époque, les bandes dessinées n'avaient même pas droit de cité dans les sphères
académiques. En pensant à Mad. Mac Luhan remarque pourtant que l'art
populaire - auquel il rattache les bandes dessinées - «est un clown qui nous
rappelle toute la vie et toute la liberté dont nous nous privons dans notre routine
quotidienne». Aujourd'hui, alors que le «neuvième art» fait l'objet de cours, de
colloques et de publications universitaires, «liberté» est bien le maître mot
permettant de comprendre l'intérêt que nous pouvons porter à son univers
hétéroclite, non pas seulement parce que la bande dessinée nous donnnerait à son
contact l'illusion de rester en marge de la culture officielle, mais surtout parce
que ses recherches plastiques et narratives témoignent, dans le meilleur des cas,
d'une liberté radicale de création, rebelle au formatage de l'industrie culturelle,
étrangère à l'ordre de la communication et à ses codes élémentaires.