Recherches sur l'imaginaire, n° 29. Figures du marginal dans la littérature française et francophone

Si la figure du marginal s'avère très répandue dans la littérature, la
notion même de marginalité appelle quelques éclaircissements ; les
contenus de la marginalité, toujours relative, varient en effet dans le
temps et dans l'espace, la multitude des situations s'inscrivant entre
une limite supérieure et inférieure variable d'une société à l'autre.
Les clochards, les immigrés sont perçus comme des marginaux
mais les dandys, aristocrates enviés, sont aussi des marginaux. Ils ne
subissent pas mais revendiquent avec orgueil leur marginalité. Les
libres penseurs, les créateurs de toutes sortes, en avance sur leur temps,
font partie de cette élite marginalisée par sa différence, non plus
économique ou ethnique, mais intellectuelle.
La frontière entre marginalité et exclusion est donc fragile. Hors la
norme, le marginal est toléré, à l'opposé de l'exclu qui est banni. Mais
ses différences le font apparaître subversif, car il ne s'oppose pas
seulement à l'ordre établi pour des motifs psychologiques ou
idéalogiques. Il est porteur d'une contestation plus profonde et
durable qui affecte le vécu. C'est en quoi le marginal se distingue de
l'anticonformiste ou de l'original dont la particularité peut choquer
tout en restant plaisante.
Ce numéro des Recherches sur L'imaginaire entend éclairer les
multiples facettes de la marginalité et appréhender un peu mieux la
figure du marginal dans le paysage littéraire.