Revue du MAUSS, n° 22. Qu'est-ce que le religieux ? : religion et politique

N'est-il pas tentant de chercher les causes du terrorisme et du fanatisme
dans la religion et de faire l'hypothèse que si elle venait à
perdre de son importance, alors toutes les sociétés trouveraient
enfin la démocratie, la paix et la prospérité ? Cette hypothèse paresseuse
n'est pas tenable. N'est-ce pas une lutte toute religieuse du Bien
contre le Mal qui inspire la politique internationale de George W. Bush ?
Symétriquement, les pires ennemis de la démocratie, les régimes totalitaires
communistes ou nazis, n'ont-ils pas été violemment antireligieux ?
La réflexion sur le fait religieux et sur ses rapports au politique est donc
essentielle pour comprendre les phénomènes contemporains les plus
déterminants. Les sciences sociales nous y aident-elles ?
D'abord soucieux de saisir la société moderne de la manière la plus
objective possible, tous les grands sociologues classiques ont abouti à la
conclusion qu'à la racine de la société, on trouve le religieux. Mais,
après deux siècles de discussion, nous ne savons toujours pas si le
concept de sacré est tenable et si l'espoir de définir la religion a encore
un sens. Ne suppose-t-il pas la croyance en une essence pérenne et
substantielle du religieux, identique à elle-même par-delà ses avatars ?
Mais comment fixer une telle essence ? Quel rapport entre les religions
primitives et les grandes religions universelles ? Comment expliquer le
retour contemporain de la croyance religieuse sur les décombres des
religions instituées ? Etc.
Voilà quelques-unes des questions essentielles, mais toujours irrésolues,
auxquelles ce numéro du MAUSS entend s'attaquer en les posant
sans ambages à certains des principaux auteurs pertinents en la matière.