Jeunes cadres sans tête

Ainsi, et pour les mêmes raisons, rares furent les discussions
sur ces têtes qui tombaient. C'était un sujet tabou dans
la société. Rencontrer un collègue qui avait perdu sa tête
n'avait pas ce pouvoir émotionnel qu'il aurait eu dans un
autre contexte. On le plaignait, certes, on s'enquérait des circonstances
dans lesquelles cela s'était produit, puis le téléphone
sonnait, et on se remettait au travail. S'en étonner
aurait été le début d'une démarche séditieuse, dont on
connaissait l'issue, si bien que, ne voulant pas rajouter
d'autres soucis à ses propres soucis, c'est dans l'indifférence
généralisée que les salariés perdaient un à un leur tête.
Métaphore sur la violence sociale et le cynisme en entreprise
Jeunes cadres sans tête est le troisième roman de Jean
Grégor publié au Mercure de France, après Turbulences et
Frigo.